Le Petit Nicolas,histoires inédites vol 2 :p
Un super cadeau :p
Pour vous faire envie,voici une petite histoire extraite du livre : D
J'admets que c'est un peu long a lire mais ca en vaut la peine...
Ce matin, Geoffroy est entré dans la cour de l'école, il s'est arrêté et il nous a crié : « Eh ! Les gars ! Venez voir ce que j'ai ! » C'est drôle, chaque fois que Geoffroy amène quelque chose à l'école, il ne vient pas vers nous : il s'arrête à l'entrée de la cour de récré, il nous crie : « Eh ! Les gars ! Venez voir ce que j'ai ! » Alors, nous y sommes allés et il avait un stylo.
– C'est mon papa qui me l'a donné, nous a dit Geoffroy.
Geoffroy a un papa très riche qui lui donne tout le temps des tas de choses.
– C'est pour m'encourager à bien travailler que papa m'a fait cadeau du stylo, nous a expliqué Geoffroy.
– Et ça t'a encouragé ? a demandé Clotaire.
– Je ne sais pas encore, a répondu Geoffroy, je ne l'ai eu qu'hier soir.
Il est très chouette, le stylo de Geoffroy, rouge avec un rond doré au milieu et autour. Geoffroy nous a montré comment on faisait pour le remplir, et il nous a dit :
– Et puis, la plume est en or.
Là, on s'est tous mis à rigoler. C'est vrai, il est très menteur, Geoffroy, il dit n'importe quoi. Mais Geoffroy n'a pas aimé qu'on rigole.
– Regardez, il a dit en nous montrant la plume. Elle est jaune et elle brille, c'est pas de l'or, ça ?
– Ben, ça veut rien dire, a dit Rufus, ma maman a donné à mon papa une cravate jaune et qui brille, et pourtant elle n'est pas en or. Même que ça fait des histoires avec maman, parce que papa ne veut pas la porter, la cravate. C'est dommage, parce qu'elle est chouette, la cravate de mon papa.
– Tu nous embêtes avec la cravate de ton papa, a dit Geoffroy. Ma plume, elle, elle est en or !
– Montre voir, a demandé Joachim, qui a tendu la main pour prendre le stylo ; mais Geoffroy n'a pas voulu le lui donner.
– Si tu veux un stylo, a dit Geoffroy, tu n'as qu'à demander à ton papa de t'en offrir un.
– Qu'est-ce que tu as dit de mon papa à moi ? a demandé Rufus. Répète un peu.
Geoffroy a regardé Rufus tout surpris.
– Ton papa ? Je ne sais pas ce que j'ai dit de ton papa.
– Tu sais bien, lui a expliqué Rufus, pour le coup de la cravate...
– Ah ! Oui ! a dit Geoffroy, j'ai dit que tu nous embêtes avec la cravate de ton papa.
Alors, Rufus a donné une gifle à Geoffroy, et Geoffroy, s'il y a une chose qu'il n'aime pas, c'est qu'on lui donne des gifles.
– Si tu veux, a dit Alceste, je te tiendrai le stylo, pendant que tu te bats avec Rufus.
Alors, Geoffroy a donné le stylo à Alceste et il est allé se donner des claques avec Rufus qui l'attendait.
Alceste a dévissé le stylo pour voir la plume et Joachim lui a dit :
– Donne voir un peu.
– Si tu veux un stylo, lui a dit Alceste, t'as qu'à faire comme t'a dit Geoffroy : demande à ton papa de t'en offrir un.
Joachim a voulu prendre quand même le stylo, et Alceste, qui ne s'y attendait pas et qui a toujours les doigts pleins de beurre à cause des tartines, a lâché le stylo, qui est tombé par terre, la plume en avant, bing ! Il ne faut jamais donner à Alceste des choses qui glissent facilement.
– Mon stylo ! a crié Geoffroy, qui est arrivé en courant.
– Ben quoi, a dit Rufus, tu me laisses tomber, alors ?
Mais Geoffroy ne l'écoutait pas ; il est allé vers Alceste et il l'a poussé.
– Pourquoi t'as jeté mon stylo par terre, imbécile ? il a crié, Geoffroy.
Alceste, il s'est drôlement fâché et il a donné un grand coup de pied au stylo.
– Voilà ce que j'en fais de ton sale stylo !
Le stylo est arrivé devant Maixent, qui me l'a envoyé.
– Une passe ! Une passe ! a crié Eudes.
Moi, j'ai passé à Eudes, une passe assez longue, et Rufus est venu vers moi tout fâché en criant :
– Ça vaut pas ! T'étais hors jeu !
Moi, ça m'a fait rigoler, ça ; avec Rufus, c'est toujours la même chose ; comme il joue mal au foot, il dit que ce sont les autres qui font des fautes. Mais on n'a pas pu discuter, parce que Geoffroy criait tellement que ça n'a pas raté : le Bouillon est venu en courant. Qu'il est bête, Geoffroy !
Le Bouillon, c'est notre surveillant, et avec lui, il ne faut pas rigoler.
– Qu'est-ce qui se passe ici ? il a demandé.
– Ce sont des méchants et des jaloux ! a crié Geoffroy qui avait l'air vraiment très fâché. Tout ça, c'est parce qu'ils n'ont pas de plume en or, eux !
– Toi non plus ! Menteur ! a crié Rufus.
– Répète un peu qu'elle n'est pas en or ma plume ! a crié Geoffroy.
Le Bouillon, il nous regardait avec des yeux, comme s'il était étonné, et puis il a crié : « Silence ! » Alors plus personne n'a rien dit, parce qu'avec le Bouillon, si on ne lui obéit pas, ça fait des histoires.
– Bon, a dit le Bouillon. Regardez-moi dans les yeux, vous tous. J'en ai assez de vous voir vous conduire comme des sauvages et de vous entendre raconter des absurdités. Vous, Geoffroy, calmez-vous et expliquez-moi ce qui se passe.
Alors, Geoffroy lui a raconté le coup du stylo, il a encore dit que nous étions des jaloux, parce que nos papas ne nous donneraient jamais des stylos aussi chouettes que le sien pour nous encourager, et que c'était bien fait pour nous, et que la plume du stylo était vraiment en or, et que son stylo était le plus beau stylo de l'école, et le Bouillon a dit que ça va comme ça, du calme, et qu'on rende immédiatement le stylo à notre camarade, et que nous devrions avoir honte d'agir comme ça, mauvaise graine.
– Tiens, Geoffroy, a dit Joachim, le voilà, ton stylo.
Geoffroy allait prendre le stylo, mais le Bouillon a dit :
– Non. C'est moi qui le prends ce stylo. Je le confisque jusqu'à la sortie. D'ailleurs, il sera mieux dans ma poche qu'entre vos mains, petits vandales !
Alors, Joachim a donné le stylo au Bouillon, et puis le Bouillon a regardé ses doigts et ils étaient pleins d'encre. Il est resté un moment à réfléchir, et puis il a dit :
– Tout compte fait, Geoffroy, je vous rends votre stylo ; mais promettez-moi d'être sage.
– Si vous voulez, a dit Geoffroy, vous pouvez le garder jusqu'à la sortie, le stylo : c'est pas une mauvaise idée, parce que...
– Geoffroy ! Reprenez votre stylo ! a crié le Bouillon.
Alors, Geoffroy a repris le stylo, et comme il était plein d'encre, il l'a bien essuyé sur sa manche, parce qu'on dira ce qu'on voudra de Geoffroy, mais il est très, très soigneux. Et après, il nous a boudés jusqu'à ce que le Bouillon ait fini de se laver les mains et ait sonné l'heure de rentrer en classe.
La maîtresse nous a dit de prendre nos cahiers, parce qu'elle allait nous faire une dictée. Alors, Geoffroy, tout fier, il a pris son stylo, et là, on a été tous bien étonnés. Parce que, vous ne le croirez peut-être pas, mais le fameux stylo de Geoffroy, il avait beau avoir une plume en or, et tout et tout, il n'écrivait pas !
Comme nous a dit Geoffroy en sortant de la classe : « Les choses qu'on achète maintenant, c'est toujours comme ça : dès qu'on y touche, ça casse. »
"Le stylo", par Goscinny et Sempé
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